
Corridor Douala-Bangui : le Cameroun lance un programme de marchés publics de 238 milliards de FCFA pour moderniser un axe stratégique
Par la Rédaction – Au Cœur de la Logistique Magazine
Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la modernisation de l’un des corridors logistiques les plus stratégiques d’Afrique centrale. Le ministère des Travaux publics (MINTP) a officiellement lancé la procédure de passation des marchés relative au volet camerounais du Programme d’Aménagement du Corridor Économique Douala-Bangui (PACE-DB), mobilisant une enveloppe financière de 238 milliards de FCFA destinée à la réalisation d’infrastructures routières, d’études techniques et de prestations de conseil.
Cette initiative marque le démarrage opérationnel d’un programme régional ambitieux visant à renforcer la fluidité des échanges commerciaux entre le Cameroun et la République centrafricaine (RCA), tout en améliorant la compétitivité logistique de la sous-région.
Un investissement majeur soutenu par la Banque mondiale
Publié le 22 juillet 2026, l’avis général de passation des marchés précise que le financement alloué au Cameroun s’élève à 362,9 millions d’euros, soit environ 238 milliards de FCFA. Cette enveloppe correspond exclusivement au volet camerounais du projet et ne doit pas être confondue avec le financement global du programme régional, estimé à 1,12 milliard de dollars (environ 646 milliards de FCFA).
Approuvé le 12 juin 2026 par la Banque mondiale dans le cadre d’une approche programmatique en plusieurs phases, le PACE-DB bénéficie d’une première tranche de financement de 525 millions de dollars, répartie entre le Cameroun, la République centrafricaine et les réformes régionales pilotées par la CEMAC.
La reconstruction de la RN3 au cœur du projet
Le principal chantier prévu sur le territoire camerounais concerne la reconstruction de la Route Nationale n°3 (RN3) reliant Yaoundé à Édéa sur un linéaire de 164 kilomètres.
Les travaux seront répartis en trois lots :
- Yaoundé – Madoumba
- Madoumba – Pont Ndoupé
- Pont Ndoupé – Édéa
Au-delà de la réhabilitation de la chaussée, le projet prévoit :
- le redressement des virages présentant des risques pour la circulation ;
- l’aménagement de plusieurs créneaux de dépassement en 2 × 2 voies ;
- la construction et la digitalisation de deux stations modernes de pesage, destinées à renforcer le contrôle de la charge à l’essieu et à préserver durablement les infrastructures routières.
Selon le calendrier indicatif du MINTP, les premières ouvertures des offres devraient intervenir à partir du 12 août 2026, tandis que des cabinets spécialisés seront recrutés pour assurer le contrôle et la supervision technique des travaux.
Une approche intégrée de la logistique et du transport
Le programme ne se limite pas à la réhabilitation de la RN3. Il intègre également plusieurs composantes visant à moderniser l’ensemble de la chaîne logistique nationale.
Parmi les principales actions figurent :
- les études techniques, environnementales et sociales sur le corridor Yaoundé – Ayos – Bonis – Bertoua – Garoua-Boulaï, long de 578 kilomètres ;
- le déploiement de systèmes intelligents d’aide à la conduite sur près de 3 000 poids lourds ;
- la modernisation du système national de gestion des actifs routiers ;
- le renforcement des mécanismes de contrôle de la charge à l’essieu ;
- l’amélioration de la programmation de l’entretien routier.
Le gouvernement prévoit également la réhabilitation des routes de desserte des bassins agricoles et industriels, ainsi que la création d’une plateforme logistique multimodale à Édéa, conçue selon des critères de résilience climatique et pouvant être développée dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).
Par ailleurs, une étude de faisabilité est annoncée pour un futur projet d’infrastructures multimodales dans la région du Littoral, tandis que la modernisation du tronçon Édéa-Douala et la construction d’un second pont sur la Dibamba demeurent en préparation avec l’appui attendu de l’Agence française de développement (AFD), de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de l’Union européenne.
Le corridor Douala-Bangui : un levier stratégique pour l’intégration régionale
Avec une longueur de plus de 1 400 kilomètres, le corridor Douala-Bangui constitue la principale porte d’entrée des marchandises destinées à la République centrafricaine. Plus de 80 % des importations et exportations centrafricaines transitent par les infrastructures portuaires camerounaises avant d’emprunter cet axe routier.
Malgré son importance stratégique, ce corridor demeure confronté à plusieurs contraintes structurelles, notamment :
- la dégradation progressive des infrastructures routières ;
- la multiplication des postes de contrôle ;
- les lourdeurs administratives ;
- les coûts élevés du transport.
Selon les estimations de la Banque mondiale, le coût du transport peut atteindre 270 dollars par tonne, tandis que les délais d’acheminement oscillent généralement entre 9 et 12 jours dans des conditions normales.
À cela s’ajoutent 38 postes de contrôle recensés sur la partie camerounaise du corridor, dont 17 seraient associés à des paiements informels, une situation qui alourdit les coûts logistiques, ralentit les échanges commerciaux et affecte la compétitivité des entreprises.
Des retombées économiques attendues
Au-delà des infrastructures, le programme ambitionne de stimuler le développement économique régional en améliorant la fluidité des échanges, en renforçant l’attractivité des investissements privés et en soutenant l’intégration économique entre les États membres de la CEMAC.
Selon les projections de la Banque mondiale, le PACE-DB pourrait générer entre 2 000 et 4 000 emplois directs et indirects durant son cycle de réalisation, auxquels s’ajouteraient 150 à 250 emplois permanents par an pour les opérations d’entretien des infrastructures.
Toutefois, ces résultats dépendront de la rapidité des procédures de passation des marchés, de la mobilisation des entreprises adjudicataires et du respect des délais d’exécution.
L’analyse de Au Cœur de la Logistique Magazine
Le lancement de cette procédure de passation des marchés constitue une avancée majeure pour la modernisation du corridor Douala-Bangui, véritable colonne vertébrale des échanges entre le Cameroun et la République centrafricaine.
Au-delà de la réhabilitation des infrastructures routières, ce programme traduit une évolution des politiques publiques vers une approche intégrée de la performance logistique, combinant infrastructures, digitalisation, sécurité routière, contrôle des charges, plateformes logistiques et développement multimodal.
Si sa mise en œuvre respecte les objectifs annoncés, le PACE-DB pourrait considérablement améliorer la fluidité des chaînes d’approvisionnement, réduire les coûts de transport, renforcer la compétitivité du Port de Douala et consolider la position du Cameroun comme hub logistique de référence en Afrique centrale.
Le véritable défi résidera désormais dans la qualité de l’exécution des projets, la transparence des procédures de passation des marchés et la capacité des différents acteurs à transformer ces investissements en infrastructures performantes au service du commerce régional et de la croissance économique.


